Focus sur l’effet « blockchain »

Tout le monde a entendu parler de la blockchain. Beaucoup l’associent uniquement aux cryptomonnaies mais peu, finalement, savent réellement de quoi il s’agit et, surtout, quelles peuvent être les potentielles utilisations en termes de sécurisation des données, de traçabilité et de résilience.

Si nous devions choisir parmi les différentes définitions de la blockchain, on pourrait la déterminer comme une technologie de stockage et de transmission de l’information qui est sécurisée et surtout décentralisée. Elle s’apparente à un immense registre, qui peut contenir des informations, des données ou des transactions, toutes organisées sous forme de bloc. La particularité de cette technologie fait que ces blocs ne sont pas stockés sur un serveur central mais sont détenus par une chaîne d’ordinateurs qu’on appelle les nœuds du réseau. Elle est donc très difficile à attaquer, puisqu’il faudrait cibler simultanément plus de 51% des ordinateurs qui composent la chaîne pour compromettre le registre.

Comment ça marche ?

Jusqu’ici, rien de bien révolutionnaire : les transactions de pair à pair existent depuis très longtemps sur internet (mails, torrent…) mais contrairement à ces technologies qui ne font que copier les données (si vous transmettez un fichier en torrent, vous transmettez en fait une copie de ce fichier et vous gardez le fichier original), la blockchain permet de transmettre des informations sans les copier, en les transférant purement et simplement. Or, si l’on veut pouvoir échanger de l’argent ou de la valeur, il est indispensable que lorsque je transmets 20€, ceux-ci soient transférés et non copiés à mon destinataire. C’est déjà le cas aujourd’hui lorsque vous transférez de l’argent via votre App bancaire par exemple, à la très grande différence que cette transaction doit être validée par une institution tierce. En l’occurrence votre banque qui prend de l’argent sur votre compte et le transfère à votre destinataire.

Or, la blockchain permet de s’affranchir de ces institutions tierces qui peuvent parfois être faillibles et qui n’agissent pas toujours dans votre meilleur intérêt. Elle permet d’effectuer des transactions qui sont ensuite validées par un algorithme hébergé sur des centaines de machines. C’est en 2008, au moment de la crise bancaire, que cette technologie a été inventée par une personne dont on ne sait presque rien, mis à part son nom : Satoshi Nakamoto. C’est la naissance du bitcoin dont on estime aujourd’hui la valeur cumulée à 11 milliards d’euros.

Mais la monnaie virtuelle n’est qu’une des nombreuses applications potentielles de la blockchain. Dans les pays de l’hémisphère sud, notamment, où la confiance envers les institutions est parfois limitée, elle permet aux utilisateurs de reprendre le contrôle de leurs données et même de créer des communautés locales décentralisées. Désormais, ce sont ainsi tous les utilisateurs qui font le système et qui agissent comme un organisme de validation.

Les limites de la Blockchain

La blockchain présente néanmoins des limites. Au même titre que les institutions, les projets qui s’articulent sur cette technologie ne sont en effet pas infaillibles et ne sont pas non plus invulnérables aux attaques. Par ailleurs, la blockchain est très gourmande en ressources énergétiques puisqu’elle nécessite de faire tourner un grand nombre de machines en même temps afin de maintenir l’intégrité du registre.

Enfin, même si la blockchain permet de s’affranchir des tiers et/ou de quelconques organismes de validation centralisée, elle ne permet pas non plus de s’en passer complètement. Prenons l’exemple du Vélib’ : on pourrait très bien imaginer un système similaire basé sur la blockchain mais il faudrait toujours un organisme tiers capable de créer l’application de mise en relation et l’architecture du réseau. C’est pour cela qu’aujourd’hui les entreprises s’intéressent à cette technologie. D’une part parce qu’elles ont peur de perdre leur rôle d’intermédiaire et d’autre part parce qu’elles y voient des opportunités commerciales et des applications potentielles. Porsche, par exemple, teste actuellement l’utilisation de la blockchain pour sécuriser l’accès à ses véhicules.

Les potentielles applications

Mais le cas le plus éloquent est probablement celui de l’agroalimentaire et plus spécifiquement de la supply chain (gestion de la chaîne logistique). Ainsi, selon une étude de PWC datant de 2016, le coût de la fraude dans la supply chain s’élèverait à plus de 40 milliards de dollars ! Les scandales de la viande de cheval en 2013 ou le lait frelaté en Chine en sont les exemples paroxystiques et témoignent du manque de transparence des chaînes logistiques du secteur agroalimentaire. En tant que registre inaltérable et transparent, la blockchain permettrait de lutter contre l’opacité de cette supply chain et de détecter beaucoup plus rapidement les sources de contamination, en inscrivant chaque étape du processus de fabrication et de distribution dans la blockchain de manière manuelle ou automatique. Chaque partie prenante peut ainsi vérifier l’horodatage d’un produit de manière transparente sans qu’un individu ou une entité puisse unilatéralement supprimer ou altérer une information. On peut ainsi détecter immédiatement la fraude ou la faute sur une chaîne logistique.

En France, Carrefour a annoncé en février 2017 le prochain recours à la blockchain pour renforcer la transparence de ses filières animales. Le vice-président de la sécurité alimentaire de Walmart, multinationale spécialisée dans la grande distribution, affirme même que cette technologie pourrait représenter le « Graal » de la supply chain.

Les chaînes logistiques reposent encore aujourd’hui très souvent sur des documents papiers qui sont sources d’inefficience et favorisent la fraude. À l’avenir, elles sont appelées à devenir de plus en plus numérisées. La blockchain peut ainsi constituer, demain, l’infrastructure dominante des chaînes logistiques numériques.

Comme Internet au début du millénaire, la blockchain a donc le potentiel de changer radicalement la façon dont nous échangeons des données entre nous, utilisateurs, mais également avec les institutions et les entreprises en rendant ces interactions transparentes, sécurisées et sans avoir obligatoirement recours à un organe de contrôle.