« Il ne faut pas donner du grain à moudre à ceux qui ont décidé de nous nuire… »

Aude Rossigneux, ex-rédactrice en chef du Média, la chaîne d’info en ligne créée par des proches de La France Insoumise, en a été écartée sans ménagement après quelques semaines d’activité. Elle revient sur le déferlement médiatique qui a suivi cette éviction sur les réseaux sociaux.

Comment faire face à la vague médiatique lorsqu’on y est confronté ? 

Tout dépend de la nature de la vague : si elle est sympathique, on ne se protège pas et on ne la gère pas de la même façon que lorsqu’elle est hostile. Pour ce qui me concerne, elle était inattendue et a débouché dans les 48h sur un torrent de boue assez désagréable. Premier réflexe important, à mon sens : résister à l’envie de s’auto-googler pour voir l’évolution de la vague et ses répercussions dans les moindres détails. Il faut déléguer, laisser à un tiers le soin de trier pour ne pas s’infliger tout et n’importe quoi. Décider de s’exprimer publiquement relève d’un choix personnel et/ou stratégique. En revanche il me semble important, même si ce n’est pas officiel et si c’est en « off », de répondre aux journalistes… ne serait-ce que pour dire « je ne tiens pas à m’exprimer ». On peut ainsi expliquer son choix, fournir des éléments contradictoires, aider à la compréhension globale de la situation, donner un contre-champ, le tout sans apparaître formellement ni avoir l’air de fuir. Dans mon histoire, je n’ai pas opté pour l’opposition frontale. Pas question d’apporter de l’eau au moulin de mes détracteurs en répondant au coup par coup. Je les ai laissés épuiser leurs arguments et j’ai répondu – après eux – à trois journaux en donnant mon accord pour être citée sur une ou deux phrases afin de décrypter la situation. Mais je n’ai donné suite à aucune des sollicitations radios, télés et grosses interviews proposées au plus fort de la crise.

Comment gérer les rumeurs lorsqu’elles nous concernent ?

J’ai décidé de ne pas y répondre, et surtout pas directement. Il faut résister à la tentation de riposter à chaque tweet malveillant, à chaque insinuation ou mensonge éhonté. C’est difficile lorsqu’on se sent calomnié ou (plus encore) lorsqu’on s’attaque à nos proches. Mais je crois dur comme fer à la maxime qui dit « don’t feed the troll », « ne nourrissez pas le troll ». Ne donnons pas du grain à moudre à ceux qui ont décidé de nous nuire et que, de toute façon, nous ne convaincrons pas.

Quels enseignements tirez-vous de cet épisode sur le rôle des réseaux sociaux lors d’une crise médiatique ?

C’est un lieu commun de le rappeler, mais tout va très, très vite. Les réseaux sociaux peuvent être d’une grande utilité lorsqu’on souhaite faire un bref communiqué mais cela n’a pas été mon choix. J’ai préféré rester en dehors des discussions, aussi par peur du faux pas qui devient viral. Les réseaux sociaux m’ont essentiellement servi d’outil de veille, pour mesurer la teneur des rumeurs, leur propagation et – finalement – leur épuisement.