Sécurisation des grands événements sportifs : une expertise française

La France est le pays qui va accueillir, dans les prochaines années, le plus grand nombre de compétitions sportives mondiales. Si cela reflète une influence retrouvée, c’est aussi la reconnaissance d’une expertise française dans la sécurisation de tels événements.

Championnat d’Europe de handball féminin en 2018, championnat du monde de football féminin et championnat d’Europe de volley en 2019, championnat d’Europe d’athlétisme en 2020, coupe du monde de rugby en 2023 et, enfin, Jeux Olympiques et Paralympiques en 2024. Après l’échec retentissant de la candidature de « Paris 2012 », la France est revenue en fanfare sur le devant de la scène pour l’organisation des événements sportifs internationaux.

Ces compétitions, qui attirent plusieurs millions de visiteurs sur le territoire, représentent un véritable défi pour les comités organisateurs et les services de sécurité de l’Etat et des entreprises privées. On se souvient encore de la débâcle des JO de Londres en 2012 lors desquels G4S, principal prestataire en matière de sécurité et leader du marché, avait fait défaut à son contrat en ne parvenant pas à fournir le nombre d’agents nécessaires à la sécurisation des sites. L’histoire s’est répétée lors des récents Jeux Olympiques d’hiver à Pyeongchang, en Corée du Sud. Le 6 février, soit trois jours avant la cérémonie d’ouverture, 1200 agents de sécurité privée ont été contraints de se retirer en raison d’une épidémie de gastroentérite… Dans les deux cas, ce sont les pouvoirs publics, via les militaires, qui ont pris le relais, entraînant un surcoût pour les comités organisateurs.

La sécurité au cœur des préoccupations des comités organisateurs

Théoriquement, la répartition des périmètres entre acteurs privés et publics est très claire : l’organisateur assure la sécurité à l’intérieur des infrastructures (stades, hôtels, sites d’entraînement…) et, pour remplir cette mission, fait appel à des entreprises de sécurité privée. L’État, de son côté, assure la sécurité sur la voie publique : abords des infrastructures, lieux de réunion des supporters, transports…

Si la frontière est parfois poreuse, le sujet a le mérite d’être au cœur des préoccupations. Aujourd’hui, la sécurité et la sûreté ne sont plus les dernières briques de l’édifice que représente l’organisation de tels événements. Elles en sont même les fondations. C’est une thématique déterminante dans le programme même des compétitions qui contribue à structurer un événement : répartition des villes hôtes sur le territoire, calendrier des rencontres, lieu d’hébergement des délégations…, toutes ces questions prennent dorénavant en compte la disponibilité et la répartition des forces de sécurité intérieure, la capacité à suivre en temps réel l’évolution de la situation, et à apporter une réponse rapide si une crise se déclenchait.

Le Ministère de l’Intérieur a même créé un service spécialisé pour ce type de manifestations : l’Unité de Coordination des Grands Evénements (UCGE). En lien avec les comités organisateurs, les différents services de l’Etat, les polices étrangères et les entreprises privées, l’UCGE planifie le dispositif de sécurité en fonction de l’exposition de l’événement et de l’évaluation de la menace, et coordonne les différents acteurs. Dans le cas des JO 2024, le dossier de candidature précise que le Ministère de l’Intérieur nommera un Coordinateur National pour la Sécurité des Jeux (CNSJ) dont le rôle sera d’assurer, avec le préfet de police de Paris et les préfets de départements, la planification et la coordination de la sécurité. Une structure de gouvernance des JO sera alors mise en place en deux temps :

  • Dès cette année, le CNSJ représentera le Ministère de l’Intérieur dans un groupe de coordination de la sécurité olympique qui rassemblera les acteurs clés de l’Etat et le comité organisateur
  • A partir de 2022, le CNSJ représentera le Ministère de l’Intérieur au sein d’un centre de commandement de la sécurité olympique

Une expertise française en la matière

Ces nouveaux modes de gouvernance de la sûreté et de la sécurité ont convaincu le Comité international olympique que la France est capable d’organiser sans accrocs un événement de cette ampleur. La candidature française s’est également appuyée sur le succès unanimement reconnu de l’Euro de football en 2016, organisé en France seulement sept mois après les attentats du 13 novembre, au moment où la menace était à son plus haut niveau. Les 42 000 policiers, 30 000 gendarmes, 5 200 personnels de la sécurité civile et 10 000 militaires de l’opération Sentinelle sont parvenus à assurer une sécurité optimale tout en maintenant une ambiance joyeuse et festive.

Le système pyramidal français avec le Préfet comme unique interlocuteur sur les questions de sécurité et d’ordre public rassure les organisateurs des compétitions internationales. De même que la professionnalisation des acteurs de la sûreté, de la sécurité et de la gestion de crise : si les dispositifs et les hommes qui les composent ont été éprouvés par les crises réelles, de nombreuses mises en situation ont également été organisées. Dans les mois précédents la compétition, pas moins de 30 exercices de simulation ont été menés sur le territoire national pour préparer les policiers de terrain, les forces d’intervention et les secours.

La dynamique reprend aujourd’hui. Planification, retours d’expérience, dispositif de gestion de crise, exercices, connaissance des acteurs, montée en compétences des personnels : les services de l’Etat comme les partenaires privés sont sur le pied de guerre pour se préparer à l’accueil des JO, la compétition sportive la plus regardée. Et montrer à nouveau au monde son expertise dans la sécurisation des grands événements.