« Tester notre capacité de résilience pour faire face à une crise »

Laurent Boireau est responsable du tout nouveau Centre Ministériel de Crise, commun au Ministère de l’Education nationale et au Ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Rattaché au Haut Fonctionnaire de Défense et de Sécurité, il est également en charge de la formation à la gestion et à la communication de crise des agents du ministère et des académies.

Comment le ministère de l’Education nationale se prépare-t-il à la gestion de crise, notamment au regard des nouvelles menaces qui pèsent sur les établissements scolaires ?

La globalisation des crises oblige à intensifier et à généraliser la préparation aux situations exceptionnelles de toutes les entités composant le ministère : attentats terroristes, troubles graves et généralisés à plusieurs établissements, accidents, pandémies, ruptures de réseaux, crises NRBC-E, inondations majeures…

Il s’agit de répondre aux besoins des établissements du scolaire et du supérieur, ainsi que des services centraux, en situation de crise. Aussi, pour exercer sa responsabilité dans la direction de la crise, le ou les ministres doivent pouvoir s’appuyer sur un dispositif ministériel structuré : le Centre Ministériel de Crise (CMC), qui regroupe l’ensemble des directions et services concernés.

Ce dispositif spécifique doit être capable de gérer la crise et d’assurer la coordination avec les cellules académiques de crise ou, lorsqu’elle est armée, avec la cellule interministérielle de crise (CIC) à Beauvau.

L’action du CMC porte également, dans le cadre du respect de l’instruction du 12 avril 2017, sur les exercices d’accompagnement de la mise en place des dispositifs de gestion de crise académiques ainsi que sur le volet formation.

En effet, un élément essentiel du dispositif vise à remédier à l’acculturation des cadres confrontés à ces problématiques sensibles. Le service HFDS travaille ainsi sur le déploiement des formations nationales en lien avec la Mission de prévention et de lutte contre les violences en milieu scolaire, l’ESENESR, et la Gendarmerie nationale. Le déploiement de ces formations en académie constitue un enjeu majeur dans les mois à venir.

L’élaboration d’outils et de ressources pédagogiques partagés (MOOP, MOOC, Magistère), garants de la cohérence de l’ensemble, constitue un point de vigilance particulier. Ainsi, les ministères de l’Education nationale (MEN) et de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (MESRI) doivent être en mesure de prévenir pour protéger l’institution, ses personnels et ses usagers.

Quelle est la place de la communication de crise dans ce dispositif ?

La communication est devenue un élément absolument essentiel dans la gestion des crises. Que ce soit à travers la capacité à alerter, anticiper et détecter les signaux faibles, ou lorsqu’une crise survient, en permettant le déploiement de toute une palette d’outils réactifs et efficaces.

Le service HFDS et la Délégation à la communication travaillent donc sur différentes thématiques complémentaires telles que la formation, l’anticipation, la professionnalisation et la mise en œuvre de réseaux. Les exercices réalisés permettent de porter le rôle transverse de la fonction communication au plus près des décisions prises, mais également dans le cadre de la veille de l’opinion publique, dans l’élaboration de scénario de reprise en cellule anticipation, dans la réponse que l’institution doit apporter aux usagers via les réseaux sociaux ou le site du ministère.

La sortie de crise dans la durée doit également nécessiter une attention et un accompagnement particuliers en matière de communication.

Vous entraînez-vous en situation réelle ?

Les entraînements et la formation sont primordiaux afin de travailler sur la compréhension et le sens de l’action qui doit s’attacher à définir un niveau politico-stratégique de réflexion. Le tout sans oublier de respecter les principes de subsidiarité des niveaux opérationnels qui relèvent davantage des académies et des COD (Centre Opérationnel Départemental).

De plus, nous devons être capables d’identifier et de problématiser le périmètre (différences culturelles, différences de responsabilités) propres au ministère de l’éducation nationale et au ministère de l’enseignement supérieur de la recherche et de l’innovation. Cela afin d’optimiser notre contribution vis-à-vis de la CIC.

Les entraînements permettent d’affiner la connaissance des hommes dans l’organisation du CMC, et le Vade-Mecum de mieux maitriser le besoin en matériels. Le facteur humain et les comportements sont absolument essentiels en gestion de crise. Les exercices permettent de tester la résistance au stress des agents engagés dans le centre ministériel de crise et de promouvoir l’adhésion aux valeurs collectives qui doivent porter notre action et notre engagement.

Notre volonté est centrée sur quatre points forts qui doivent être les nôtres : l’alerte, la méthode, l’organisation et l’anticipation. L’objectif ? Tester notre capacité de résilience et à faire face, ensemble, à une crise.